Création de l'Armée polonaise dite Armée bleue de Haller en France 10 avril 2017

Mémoire oubliée – Mémoire retrouvée

Création de l’Armée polonaise dite Armée bleue de Haller en France

Manifestation culturelle et scientifique 20 avril 2017

 

Présentation générale

La création de l’armée polonaise autonome eut lieu dans le département de la Sarthe en juin 1917. Engagées sur le front de Champagne et des Vosges au cours de l’automne 1918, ces troupes seront intégrées au printemps 1919 dans l’armée nationale du nouvel état Polonais.

La manifestation culturelle et scientifique proposée ici a contribué à la mise en valeur de cette histoire accompagnant une exposition bilingue "Mémoire oubliée - Mémoire retrouvée" organisée par l’association Kultura Polska à la Bibliothèque universitaire Vercors (Le Mans Université) du 10 avril au 20 juin 2017. Des insignes et des médailles de « l’Armée Bleue », provenant de la collection privée de M. Miroslaw Borowski, sont également présentés à cette occasion.

Cette journée consacrée à l’histoire et à la mémoire de cet événement visait à éclairer le contexte de la création de l’armée polonaise et à faire connaître la mémoire transmise dans les familles des acteurs de cette histoire, les combattants polonais de l’armée du général Haller.

Cette manifestation est l’un des événements organisés au cours du centenaire de la Grande Guerre par l’association Kultura Polska (Sarthe) : associationkuturapolska.wordpress.com

 

Séquence 1

Présentation du projet labellisé sous le n° 72/9 par la Mission du Centenaire 1914-1918 : La Création de l’Armée polonaise en France

Alicja Trojanowska, présidente de l’association Kultura Polska

C'est un projet international, intergénérationnel (abordé aussi bien avec les anciens qu'avec les jeunes de tous niveaux scolaires), durable, valorisé en France et en Pologne de 2014 à 2018 par une série d’évènements : exposition itinérante, conférences, voyages d’étude, échanges scolaires, publication bilingue. Les contacts et la coopération noués à cette occasion, sont destinés à durer dans le temps.

C’est un travail sur la mémoire dans les deux pays, la France et la Pologne. Fait caractéristique : la présence des premiers camps d’entraînement de l’armée polonaise en Sarthe (Sillé, Mamers, le Mans) en 1917-1919, a été inexplicablement oubliée. Ce projet a pour but de "réveiller la Mémoire", de faire connaître à un large public cette histoire aux importantes répercussions européennes, de  travailler les valeurs de paix et de souligner ce qui rassemble les Européens et non ce qui les divise.

 

Séquence 2

L’année 1917, un tournant dans la Grande Guerre

Stéphane Tison, maître de conférences en Histoire contemporaine, Le Mans Université

Cette conférence est centrée sur le contexte militaire, diplomatique et politique de l’année 1917. La guerre se poursuit sans issue envisageable après l’échec des offensives allemandes sur Verdun et des offensives alliées sur la Somme en 1916. Sous la pression des Etats-Unis, les belligérants sont amenés à définir leurs buts de guerre, tandis que des tentatives limitées de négociation sont proposées. L’idée d’envisager la paix, l’organisation de la paix reste en quelque sorte tabou alors que s’engage la logique d’une guerre à outrance. Celle-ci ébranle le rapport entre les pouvoirs politiques et militaires en France, Grande-Bretagne et Allemagne, et contribue à l’implosion de la société russe. La guerre à outrance suscite deux événements majeurs : l’entrée en guerre des Etats-Unis pour défendre le droit des neutres et la révolution russe. L’année 1917 est bien un tournant dans la guerre, mais aussi dans l’émergence d’un nouvel équilibre géopolitique.

 

Séquence 3

Témoignages des descendants des volontaires engagés dans l’Armée Bleue

Zbigniew Janeczek vient spécialement de Łódź (Pologne), pour parler de son grand-père,  Józef Staszak, né le 12 mars 1890 à Łódź qui, en 1917, devient chauffeur-mécanicien dans la 1ère compagnie du 2ème bataillon du 1er régiment formé à Sillé-le-Guillaume. Envoyé au front, il est blessé à Saint-Hilaire-le-Grand dans la Marne. D’abord hospitalisé à Narbonne puis à Paris, il réintègre la 6e compagnie pour se rendre sur le front des Vosges. Jusqu’en mars 1919, il reste en France, puis rentre avec l’Armée Bleue en Pologne. En septembre 1919, il est envoyé sur le front Est pour défendre les frontières de la nouvelle République Polonaise contre les bolcheviques. Il est démobilisé en novembre 1921.

Catherine Wojciechowska est la petite fille d'Edouard Woyciechowski (né le 13 janvier 1893). Le 22 mars 1918, son grand-père rejoint l’armée du Général Haller et est affecté à la caserne Mayran à Mayenne. Nommé sous-lieutenant à son arrivée rétroactivement au 1er janvier 1918, il est promu au grade de lieutenant le 3 avril 1918 et au commandement de la 3e compagnie du 2e Régiment de Chasseurs polonais. En mai, le régiment est cantonné à Châteauneuf-sur-Loire. En juin 1918, sa compagnie rejoint Brienne-le-Château et participe à la cérémonie de remise des drapeaux à l’Armée polonaise, en présence du président Raymond Poincaré. De juin 1918 à avril 1919, Il se bat sur les fronts de Champagne, de Lorraine et des Vosges (cantonnements connus : Haussonville, Saint-Dizier et La Chapelotte). Il rentre en Pologne avec l'Armé Bleue, puis il revient en France pour s’installer alors avec Catherine, son épouse française, dans leur propriété des «Bigottières», près du Mans. Il est président de l'Association des Anciens Combattant polonais en Sarthe.

Florian de Zaluski est fils de Stefan Załuski, de la lignée Junosza, né le 6 septembre 1887 à Varsovie, dans une partie de la Pologne marquée au XIXe siècle par de nombreuses révoltes contre l’occupant russe. En juin 1917, l’Armée polonaise autonome est levée, et, à partir d’août, Stefan Załuski contribue à la formation des troupes en étant responsable du recrutement, au sein de la Mission franco-polonaise sous le commandement du général Archinard. Après la victoire des Alliés et la création du nouvel état polonais, l’Armée bleue est rapatriée en Pologne pour assurer la défense et la possession des territoires. Stefan Załuski retourne à Varsovie en 1919 ;  il se bat sous les ordres du général Haller, dans une Armée polonaise secondée par des officiers français. Il est élevé au grade de capitaine.

Après 1925, s’ouvre ensuite pour Stefan Załuski une activité civile à la banque polonaise PKO à Paris. Il s’implique aussi dans les associations d’Anciens Combattants, l’Amicale des Anciens des 27e et 32e Dragons «La Marjolaine» et celle des Vétérans de l’Armée polonaise en France, dont il devient le vice-président en 1931.

Didier Auvray est le petit-fils d'Henryk (Henri) Rzekiecki d’Alegron (1893-1940) qui, à l’âge de vingt ans, fit le choix de s’engager dans la Légion étrangère. En mars 1917, il passa au 1er Régiment Etranger d’Infanterie et prit part aux combats du front, en particulier à la sanglante offensive du Chemin des Dames. En juillet 1917, Henri Rzekiecki rejoignit le 3e Régiment de Chasseurs polonais à Sillé-le-Guillaume et il fut très rapidement requis pour une autre mission : une délégation menée par Wacław Gąsiorowski, écrivain et journaliste, accompagné de jeunes soldats rompus aux combats et propres à soulever l’adhésion de volontaires polonais d’Amérique. En août 1917, la mission Gąsiorowski traversa l’Atlantique et, au cours d’une tournée de conférences dans les principaux foyers d’immigration aux USA et au Canada, recruta un nombre considérable de volontaires. Le célèbre pianiste et homme politique Ignacy Paderewski avait, de son côté, convaincu Woodrow Wilson, président des Etats-Unis, d’inscrire la résurrection de la Pologne au nombre de ses propositions pour la paix future. Rentré en France en décembre, le sous-lieutenant d’Alegron suivit des cours pour officiers, puis le 3e Régiment de Chasseurs polonais partit pour l’Est de la France où il connut les derniers combats de la guerre.

1er septembre 1939. La Pologne, prise en étau par ses deux ennemis, fut écrasée sous les bombes et lâchée par ses alliés. Henri d’Alegron demanda à être affecté au 11e Régiment Etranger d’Infanterie qui se formait alors près de Lyon. Puis ce fut mai – juin 1940, la campagne de France, l’invasion du territoire par les hordes nazies, la débâcle. La Légion a bloqué l’avance ennemie jusqu’au sacrifice. Le commandant Rzekiecki d’Alegron et les légionnaires de son bataillon tombèrent sous la mitraille allemande le 18 juin, sans espoir d’en réchapper. Sur les 3000 hommes que comptait le 11e REI, il n’en restait que 800 à l’arrêt des combats.

 

Séquence 4

Le recrutement des soldats de l’Armée bleue

Thomas Boulanger, titulaire d’un Master 2 d’Histoire, Le Mans Université

Thomas Boulanger a effectué à l’université du Mans un master 1 et un master 2 sur l’histoire de la constitution de l’armée polonaise en général, et sa mise en œuvre dans la Sarthe en particulier.

A partir des archives locales conservées dans la Sarthe, mais également des sources provenant du Service historique de la Défense, il présente le contexte et les modalités de l’établissement d’un embryon d’armée. Celle-ci est d’abord constituée de volontaires qui souvent se sont engagés dès 1914 dans l’armée française et sont rejoints par des recrues venant du Canada et des Etats-Unis, en particulier à la fin de l’année 1917 et en 1918. Cet embryon d’armée constitué à Sillé-le-Guillaume dans la Sarthe est à l’origine de la refondation de la souveraineté polonaise depuis la disparition de l’Etat polonaise en 1792.




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